En face

En face

Pierre Demarty

Flammarion

  • 9 décembre 2014

    Ferdinand, pilier de comptoir du bar des Indociles Heureux, entreprend de raconter l'histoire de celui qui, un temps, a occupé le tabouret à côté du sien dans ce bistro de quartier où ils sont quelques uns à s'alcooliser sans beaucoup de conviction. Il s'agit donc de Jean Nochez, un homme sans particularités, un homme au physique terne et à la vie du même acabit. Jean est marié avec Solange, il a deux enfants et tient une boutique de philatélie. Son existence, morne et sans intérêt, est cependant bouleversée le jour où il décide de louer l'appartement juste en face du sien, grâce au pécule que lui a légué un oncle berrichon.

    D'abord, il n'en fait rien, allant même jusqu'à oublier cette location saugrenue. Puis, après un week-end en famille à Paimpol, il y entrepose la misérable maquette d'un bateau dont il a fait l'acquisition dans une brocante. Et, sur un coup de tête, il rejoint la maquette, décidé à se retirer du monde, disparaissant de la vie de Solange sans préavis. De sa fenêtre, il observe le monde à ses pieds et surveille l'appartement et la famille qui étaient les siens avant son geste insensé.

    A la lecture du dernier livre de Pierre DEMARTY, une question vient immédiatement à l'esprit : cet auteur est-il un génie ou un escroc ?
    Du génie, il a l'écriture brillante qui suit une idée, se perd en circonvolutions, revient à son point de départ par des chemins détournés, repart dans une élucubration, si bien qu'on est déboussolé, égaré, trompé, mais séduit par le charme, l'humour, le cynisme de ces digressions azimutées.
    Oui mais là où il y a escroquerie, c'est quand il pousse le vice jusqu'à interrompre son récit à son point culminant pour laisser le lecteur dans un vide sidéral avec lequel il doit bien se débrouiller. Car, Pierre DEMARTY a tenté le pari de raconter une histoire où il ne se passe pas grand chose, tout en nous laissant croire le contraire. Parce que malgré ses avertissements (mon héros est sans intérêt, sa vie est morne, il n'y a aucun espoir qu'il lui arrive quelque chose d'intéressant...), le lecteur n'est pas dupe. Il sait que l'auteur ne peut pas miser sur le non-évènement tout au long de son récit. Et pourtant...
    Alors, génie ou escroc, chacun se fera sa propre opinion mais personne ne restera indifférent à sa plume originale, son vocabulaire choisi avec soin et son sens de la dérision. Une réussite très culottée !


  • par (Libraire)
    26 août 2014

    Excellentissime !

    Relevé, piquant et détonnant, En face se place sous le signe d’Echenoz et de Desproges, avec ce brin de folie et d’allégresse qui en fait un roman très savoureux et vraiment génial. Cerise sur le gâteau, En face est aussi et surtout un vrai exercice de style, rythmé et bouillonnant. Excellentissime !


  • par (Libraire)
    24 août 2014

    Le pouvoir tordant et tordu des mots

    En face, il ne se passe presque rien ou si peu. De l'autre côté non plus. Le temps d'un roman, expert dans l'art de manier les mots avec force jubilation, peuplé de références éclectiques habilement distillées et déguisées, Pierre Demarty ouvre les portes sur l'existence plate de Jean Nochez. Un homme d'invisibilité et d'insignifiance. Un homme qui a décidé de changer de vie et d'aller s'installer en face de chez lui, quittant un jour femme et enfants. Jean Nochez a simplement opté pour une existence recluse du monde extérieur et s'en fait l'observateur discret...
    Il n'y a rien à comprendre (quoique) sauf à se laisser envahir par la musicalité de la narration et le pouvoir tordant et tordu des mots. Et qui sait, peut-être rencontrerez-vous un jour sur le trottoir d'en face Jean Nochez ?


  • 18 août 2014

    Coup de coeur littérature française

    Jean Nochez est un de ces petits personnages gris, sur lequel notre regard glisserait impassiblement en le croisant dans la rue, n’était un attentif auteur pour le pointer du doigt. Car Jean a une histoire, faite de silence, d’absence et de résignation, mais somme toute pas banale. Avec Solange, sa femme, ça ne va pas fort. Alors quand un appartement dans l’immeuble d’en face se libère, il en devient l’ingénu locataire. Comme ça, par impulsion. Et puis sur une impulsion aussi, il va le meubler, le remplir de bric-à-brac et, après tout pourquoi pas, traverser la rue une ultime fois, sans prévenir sa famille. Dommage, il y avait une quiche pour le dîner…

    De cette situation improbable, un homme qui regarde sa vie continuer, sans lui, en face, Pierre Demarty tire la trame de son premier roman – que l’on espère suivi de nombreux autres tant l’écriture est jubilatoire. Pour une fois, la quatrième de couverture ne ment pas : il y a bien du Echenoz et du Melville derrière ce texte, qui regorge de clins d’œil et de références discrètes (ou pas) qu’on s’amusera à débusquer. Derrière l’apparente nonchalance de Jean Nochez, la tension monte imperceptiblement ; le coup de théâtre n’est pas loin !